Le mois de Heshvan

Posté par  admin   à  ,       dimanche, novembre 20, 2016     997 Views     Laisser vos impressions  

  :Question

Le passage des fêtes du mois de Tishri au mois de H’eshvan me parait comme un retour à la grisaille et au fond comme une chute spirituelle. Quelle en est la juste appréhension

:Réponse

La question est en elle-même des plus méritoires et appelle à ce que nous éclaircissions la place particulière du mois de H’eshvan dans l’édifice spirituel de l’année juive.

L’héritage du mois de Tishri

Roch Hachana, une vie de devoirs

Rosh Hachana, la Synagogue est remplie de toutes parts. L’assistance à la suite du H’azan entonne avec quelque peu de gravité le « Et Chaaré Ratson » en guise d’ultime supplication avant la sonnerie du Shofar. Qui vivra et qui partira, qui donnera et qui prendra, qui se portera bien et qui souffrira…Chacun de nos gestes, chacune de nos pensées, chacun de nos mots s’apprêtent à être passés au peigne fin. Chacun est important. Chacun de nos instants va être examiné à la lumière des règles du monde, celles que le Créateur a fixées pour sa Création. La conscience juive de chacun de nous n’est pas restée insensible. Nous avons tous ressenti même un court instant que nous sommes autres choses, membres d’un peuple à part et que notre présence ici-bas est synonyme avant tout de devoirs à l’égard de Celui qui nous y a envoyé. Nombre d’entre nous ont même saisi avec plus de détails les pas qu’Hachem attendait d’eux à l’aube de la nouvelle année. Pour certains: avancer dans la garde du Shabbat, pour d’autres s’investir avec plus de ténacité dans l’étude de la Thora, pour d’autres encore fixer avec acharnement un moment quotidien d’isolement et de dialogue avec Hachem… Chacun et son chantier, chacun et son défi.

Kippour, l’amour et l’infinie miséricorde d’Hachem pour chaque juif au-delà de tout entendement

Puis nous avons revêtu nos chaussures de toile et avons écouté avec recueillement la prière de « Kol Nidré ». Le jour de Kippour, s’est dévoilé à nous qu’Hachem écoute et prête attention à tous, même les mécréants, qu’Il veut pardonner et ouvrir une nouvelle page même si cela fait plus de 80 Kippour que rien n’a encore changé. Personne n’est dispensé de se rendre au rendez-vous du Saint jour. Le livre de prières à la main, chacun de nous a ressenti qu’il a à qui parler et qu’il y a de quoi espérer. Le lien entre les âmes juives et leur Créateur est des plus profonds, au-delà de tout entendement. Le moment de la « Néïla » venu, tout le monde est mis dehors, ni anges ni Séraphins ne peuvent s’immiscer entre le Roi et ses enfants lorsque le moment de la « signature » est venu et que Celui-ci veut les prendre en miséricorde.   

Souccot, la Providence divine de chaque instant et la grandeur de nos actes juifs les plus simples

Enfin, nous sommes entrés dans la Soucca. Celle-ci a réchauffé nos âmes de toutes parts en les berçant à la douce mélodie de la Providence divine. Tout est pour le bien. Même si parfois tu ne le saisis pas, sache pour autant qu’il y a des coulisses à la création et à ton existence que tu ne vois pas. Quels que soient les moments, Hachem te guide et te protège, où que tu portes ton regard Il ne te quitte pas. Chacun de tes évènements est un pas de plus vers ton ultime réussite. Le toit de la Soucca, lui, a imprimé dans nos consciences combien nos gestes juifs les plus insignifiants sont l’objet d’une fierté sans bornes dans le Ciel. Hachem est fier de nous, s’enorgueillit de notre judaïsme, le plus banal nous semble-t-il (voir L.H. sur les lois de la Soucca).

Bref, ces fêtes de Tishri ont été comme un corridor de renouveau où nous avons chacun à sa mesure renoué avec la sagesse juive. Plus conscients de ce que l’on est, plus conscients de la Présence d’Hachem, plus conscients de ce que nous avons à faire.

D’éphémères étincelles

Toutefois ces éclairs d’esprits sont par essence éphémères. Parmi les règles de ce monde il en est une que toute lumière nécessite un « réceptacle » pour trouver sa pérennité en nous. Sans cela, elle est vouée à se dissiper et redonner place à l’obscurité d’antan. Chacun de nous  à de nombreuses reprises de sa vie vécu ce genre d’éclairs de conscience juive, ces appels au lien, au départ à l’aventure vers la découverte de Celui qui se cache derrière les évènements de la vie. Chacun de nous a déjà sans doute ressenti que sa vie appelle changement, que quelque chose est attendu de lui. Pour autant, nombre de ces rayons de lumière se sont sous peu dissipés et bien vite sommes-nous revenus à cet habituel nous-même trop bien connu de nous. A quatre-vingt comme à vingt ans, les cheveux plus blancs mais le cœur toujours le même et le mode de vie intact. Tout cela faute en nous de « réceptacle » apte à fixer la lumière en notre intériorité afin que celle-ci ne nous quitte pas et puisse ouvrir par la suite un chemin.

Faire un cœur à la mesure de l’esprit

Rabbi Nahman de Breslev enseigne au chapitre 55 du Lykutey Moharan (article 6) que l’étendue de notre « réceptacle » dépend de notre investissement dans le monde de l’action et ainsi écrit-il « …lorsque les pensées retournent vers les cœurs (afin de les pénétrer) ceux-ci n’ont pas la force de les contenir car l’essentiel de la force du cœur vient des bonnes actions ». Pour que notre esprit puisse faire impact de façon durable sur nos cœurs, ce qui est le but, ceux-ci doivent avoir la force de le recevoir. Le secret de la force du cœur se trouve dans la multiplication des tentatives d’accomplir ce que nous avons appris. A la sortie du mois de Tishri, nos esprits se sont enrichis de toutes sortes de pensées et d’images sur nous-mêmes, notre lien avec Hachem et le juste déroulement de notre mission ici-bas. Toutefois, les bonnes actions venant de notre part à l’encontre de ces points de réveil sont encore faibles voire inexistants de sorte que nos cœurs sont à ce stade encore trop faibles pour pouvoir recevoir et donner pérennité en nous à ces rayons de sagesse que nous avons reçus à Tishri. L’héritage de nos fêtes menace donc de nous quitter et de nous laisser revenir au même quotidien tel que nous l’avions laissé la veille de Rosh Hachana. Quel est donc le juste conseil pour renforcer nos cœurs en vitesse en ces moments où nos actes ne sont pas encore suffisants? Quel est en d’autres mots le secret pour que cette année soit réellement une année nouvelle et non la simple répétition de la précédente? La réponse est le mois de H’eshvan.

H’eshvan, donner la force au cœur par la prière

Notre maître traite la question dans le même chapitre et y dévoile que la clé se trouve dans la prière. La prière a la propriété de donner au cœur la force qui lui manque pour accueillir en lui les lueurs de l’esprit. Par elle, elles peuvent trouver en nous pérennité et ouvrir ainsi dans notre service de nouveaux chemins. La prière a en elle cette force d’extraire de leur destin d’éphémères perceptions les pensées et sensations que nous avons eues au mois de Tishri et d’en faire des graines de semence qui donneront par la suite leurs fruits. Sans un effort pour nous remémorer nos résolutions, nos moments de liens avec Hachem et les mettre en prière devant Hachem pour qu’Il les fixe en nous, nous risquons de perdre cet héritage si riche et de revenir à la case départ comme si rien n’avait eu lieu, ni Shofar, ni Kippour ni Soucca. Pour nous sauver de ce terrible écueil, Hachem nous a donné le saint mois de H’eshvan ou plus exactement Mar H’eshvan ainsi que le nomme la Tradition. « Mar H’eshvan » rapportent les livres des Justes fait référence à l’expression « Marh’ish Sifvaté », « le murmure des lèvres ». Telle est l’essence de ce mois, donner par la prière pérennité à l’ensemble de nos efforts et de nos étincelles du mois de Tishri. Celui à qui il est passé par la tête pendant ces fêtes d’avancer dans la garde du Shabbat, le mois de H’eshvan est le moment pour consacrer une petite minute par jour à remercier Hachem pour l’avoir ainsi éclairé et Lui demander son aide. Celui dont le télégramme divin était de s’investir dans l’étude de la Thora ne fermera pas les yeux avant d’avoir exprimer à Hachem sa volonté de maintenir en lui ce réveil et Lui demander son soutien pour que même en cas de chutes il sache repartir de plus belle. Ainsi aussi au regard des ressentis que nous avons eu lors des fêtes de Tishri. Il se peut qu’à un moment ou à un autre, au son du Shofar ou lors de la Néïla fermant le jeûne de Kippour nous ayons ressenti combien notre vie est entre les mains d’Hachem et qu’en elles seules les clés de nos enjeux. Les jours de H’eshvan sont le moment consacré pour attacher ces souvenirs à nos cœurs afin qu’ils ne nous quittent plus. Notre maître enseigne que ces quelques mots à droite à gauche adressés à Hachem avec la sincérité du moment ont la faculté, même s’ils ne paient pas de mine, de donner à nos cœurs la force de contenir en eux les avancées de nos esprits afin que celles-ci puissent un jour faire fruits en nous.

H’eshvan, grandir par l’opposition

Oui contre toute apparence, le mois de H’eshvan est bien un mois d’ultime élévation. Par la prière d’une part comme nous venons de le dire mais aussi par nos efforts de maintien face aux viles tentatives du quotidien de nous faire tomber de nos réveils des Jours redoutables. Le mois de H’eshvan est un mois de retour à la « routine », pas une petite fête au milieu, mais ce recul apparent n’en est en réalité que pour mieux sauter. Rabbi Nathan de Breslev écrit (Hodaa 6, 24) que « spécifiquement par l’opposition, cette force contraire qui fait opposition à notre poursuite vers la connaissance d’Hachem, par elle précisément nous parvenons finalement à L’atteindre…. ». Rabbi Nathan exprime ici en de clairs mots un précieux secret que Rabbi Nah’man nous dévoile en profondeur au chapitre 24 du Lykutey Moh’aran ainsi qu’à de nombreux autres endroits. Ce que nous pensons être des chutes, des retours en arrière, sont en réalité les tremplins de notre avancée. Ces lourdeurs subites, ces impossibilité d’ouvrir la bouche, ces « j’ai pas envie » sont de précieux cadeaux…si nous savons les saisir. Par les efforts que nous fournissons en ces moments pour nous accrocher si peu que ce soit à notre bonne volonté, l’affirmer même quand le cœur est attaqué, faire ce que nous pouvons même si ce n’est que lever les yeux vers le Ciel, par cela précisément nous nous rendons aptes à monter la marche suivante. C’est justement ces petites luttes sans éclats apparents qui font les grandes avancées spirituelles du lendemain. Notre maître toutefois nous met en garde: la réussite de ce cercle vertueux dépend de nos efforts de nous réjouir de chacune de nos petites réalisations juives. Chacun de nos éclairs de volonté ou de nos sèches tentatives doit être cher à nos yeux comme il l’est dans le Ciel. Combien nous serons conscients de la fierté qu’a Hachem de nos sursauts même les plus infimes combien ceux-ci auront le pouvoir de nous faire finalement bondir haut. (Voir tout cela au chap. 24 et L.H. susmentionné)

Le mois de H’eshvan est un mois où l’obscurité en apparence reprend le dessus. Le Zohar rapporte que ce mois a été saisi par Essav à la différence de Tishri qui est l’héritage de Yaacov. Toutefois, derrière l’apparente chute se cache le cadeau de l’instant. Ces oppositions sont le cadeau du Ciel pour que nous fassions de notre Tishri une réelle acquisition. La seule chose est que nous nous rappelions de cette règle du jeu et ne baissions pas les bras devant les éventuelles embûches et lourdeurs se posant subitement devant nous, bien souvent justement sur ce qui nous avait éclairés pendant les fêtes. L’essentiel est que, quoi qu’il en soit, nous n’abandonnions pas nos bonnes volontés quels que soient les sentiments de l’instant.

H’eshvan forme les cœurs, les prépare à vivre avec les lumières de Tishri toute l’année par nos prières et nos refus de capituler. Nous comprenons ainsi bien pourquoi les maîtres de la H’assidout rapportent que la signature finale du Jugement de Rosh Hashana est au huitième jour de Hanoucca. Le mois de H’eshvan fait pleinement partie de l’examen et de la chaîne des évènements du début de l’année car à lui la lourde tâche de donner au mois de Tishri sa pérennité en nous. Il est l’introduction à Kislev  – « Kis » « poche » et « lev » « cœur » – en ce qu’il prépare les cœurs à contenir l’ensemble des réveils qui ponctuèrent nos Rosh Hachana, Kippour et Souccot nous permettant ainsi d’entamer une année vraiment nouvelle.

Que nous le méritions. Amen.

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