La Vie de Rabbi Israël Ber Odesser

Posté par  admin   à        mercredi, septembre 3, 2014     2739 Views     Laisser vos impressions  

La hiloula de Rabbi Israel Ber Odesser approche, une bonne occasion pour découvrir ou redécouvrir son histoire.

1888 : Tibériade – Empire Ottoman Israël Dov naît en 1888, dans ce qui n’est encore qu’un petit village, blotti au bord du lac de Tibériade en Galilée. La terre d’Israël est sous administration Turque. Sa famille appartient au courant ‘Hassidique de Karline. Son père est aveugle. Sa mère pour vivre pétrit et vend du pain. Ils vivent à l’étroit dans la misère totale. Le soir pour dormir, la famille nombreuse déplie des nattes à même le sol. Ils mangent du pain, un demi oignon et boivent du thé, sûrement plus d’une fois rebouilli. Le jeune Israël Dov étudie à la yéchiva de Rabbi Meïr Baal Haness. Encore enfant il distribue son goûter (une tranche de pain imbibée de quelques gouttes d’huile) à des pauvres car il veut faire la charité. Il reste sans force affamé, luttant contre des maux de tête. Son maître remarque son manque de participation aux leçons et lui inflige des corrections cruelles. Sans succès, Israël Dov poursuit ses actes de bonté, malgré les mauvais traitements.

A la maison, son père distribue à l’avance à chaque membre de la famille une petite ration d’huile de lampe, pour l’éclairage en cas de besoin dans la nuit. Sa ration, Israël Dov l’utilise pour réciter au milieu de la nuit le Tikoun ‘Hatsot, la réparation de minuit. Son huile s’épuise vite. Il se sert alors de la ration familiale de pétrole, gardée pour la semaine, de chabbat en chabbat. Avant la fin de celle ci, le stock est épuisé et chacun se doute que c’est à cause d’Israël Dov…

Le jeune Israël Dov grandit. Il prie avec ferveur et concentration, il jeûne à Roch ‘Hodech (début du mois). Il livre des combats difficiles contre son mauvais penchant. Mais malgré ses efforts il ressent en lui un manque spirituel :  » J’étais en proie à des luttes acharnées  » . Il consulte de vieux hassidim craignant Dieu au sujet de ses questions, de ses hésitations, de ses tentations. Il n’obtient que des réponses partielles qui n’étanchent pas sa soif de purification. Son âme brûle de servir Dieu. Il veut se rapprocher de son Créateur au maximum. C’est son but. Il désire étudier la Torah et s’élever spirituellement. Sa famille dans le dénuement voudrait plutôt qu’il travaille et qu’il rapporte à manger. Mais devant son refus catégorique on l’autorise à poursuivre ses études sacrées.

Les jours passent. Le travail spirituel continue, pour cet adolescent tant attiré par la sainteté. Mais il manque de conseils, d’armes pour livrer ses guerres spirituelles contre les instincts, les passions, la laideur, la petitesse d’esprit et les besoins du corps. Il aspire, espère, languit et nourrit des rêves de perfection, de purification. Il veut être un bon serviteur de Dieu.

D’où lui viendra l’aide qu’il espère tant ?

Voici qu’un jour à la yéchiva il ramasse près des poubelles un livre sans couverture. Il s’apprête à le mettre dans la guéniza (dépôt des livres et objets sacrés hors d’usage) mais il en parcourt quelques pages auparavant. Et c’est le coup de foudre. On explique dans ce livre  » l’épanchement de l’âme  » comment se rapprocher de Dieu véritablement, comment se purifier et parvenir au bien suprême. comment réaliser ses aspirations. Bref un cadeau du Ciel pour cette âme en quête d’absolu. Le livre affirme que par le dialogue avec Dieu, en lui parlant librement et en prononçant ses pensées, l’homme peut atteindre tous les sommets. C’est le secret et la méthode de tous les Bergers d’Israël: Avraham, Itsrak, Yaacov nos pères, David qui ne devinrentdes justes parfaits que par le mérite de ce dialogue répété (HITBODEDOUT).

Immédiatement Israël Dov met en pratique ce qu’il vient d’apprendre. Il s’échappe quelques moments sur les collines arides qui entourent la yéchiva de Rabbi Meir Baal Haness et qui dominent la nappe bleue du Lac de Tibériade. Et il parle, parle et prie de toute son âme, il déverse son cœur devant son Créateur. Les effets bénéfiques de la méthode se font rapidement sentir : un apaisement indicible. le manque et le vide de son cœur se comblent peu à peu. Mais on lui déconseille, pire, on lui interdit d’approfondir ces enseignements, on lui arrache le livre salvateur. Peine perdue il le sait déjà par cœur tant il l’a lu et relu. « Eloigne toi de ce livre et des écrits Breslev » , c’est le message général. Breslev! Il veut au contraire en savoir plus sur ce mot tabou. Mais comment ? Comme le dit le livre, en priant, en implorant et en exprimant sa peine à Dieu. D’où viendra cette aide concrète ? Il ne le sait pas, mais espère beaucoup car il a déjà goûté au remède pour son âme et donc sait qu’il existe vraiment.

Méron : Tombeau de Rabbi Chimon Bar Yo’haï A environ une journée de voyage à dos d’âne, ou plus, de Tibériade se trouve Méron, le Saint tombeau de Rabbi Chimon Bar Yo’haï, que son mérite nous protège. Un homme ne quitte pas la sépulture déserte, toute la semaine durant. Il prie et étudie sur place. Il ne rentre chez sa famille à Tsfat, que pour le chabbat. C’est un juste caché, qui sert Dieu anonymement. Jour et nuit il déverse son cœur en cet endroit sacré d’où montent mieux les prières. Il s’appelle Rabbi Israël Kardouner, que son souvenir soit une bénédiction. Il a vécu en Ukraine dans une famille riche et respectée. Un brillant avenir l’attendait. Mais il a tout abandonné pour se rapprocher de Dieu et de la ‘Hassidout Breslev. Il s’est enfuit à Ouman, la bourgade où Rabbi Na’hman de Breslev repose. Il se recueille sans cesse sur sa tombe. Pour rien au monde maintenant il ne quitterait Méron.

Mais il est saisi de douleurs atroces dans les articulations. Contre son gré il se résout à prendre les eaux thermales de Tibériade. Ce sera la rencontre choc entre le maître et l’élève (voir le récit de la rencontre raconté par Rabbi Israël Dov lui même). Les épreuves : Pour se rapprocher du Tsadik Véritable Dès le premier instant où il découvrit  »fortuitement » son premier livre Breslev, le jeune Israël Dov dut déjà faire face à l’opposition, à l’animosité, aux quolibets de ses camarades de yéchiva, de ses voisins et de sa famille. Il fut poursuivi, isolé, traité en paria par ses congénères. lorsqu’il fréquenta assidûment son maître, le saint Rabbi Israël Kardouner, le village entier de Tibériade se dressa contre lui: disputes, vexations, menaces, coups, pressions de toute sorte, rien ne lui fut épargné. Il dut affronter la réprobation de son père aveugle aimé et respecté, pour avoir embrassé la voie de Rabbi Na’hman. Il du faire face à la condamnation de toutes les autorités en Thora de sa communauté.

Mais une épreuve encore plus cruelle l’attendait. Se rendant compte que son fils est  »perdu », c’est à dire déterminé à être Breslev, sa mère perd connaissance! On tente de la ranimer mais sans succès. Elle est transportée par la ‘Hevra Kadicha qui commence les préparatifs mortuaires. On imagine que soudain, l’univers bascule pour le jeune Israël Dov! Sa mère sur le point d’être enterrée, morte de chagrin par sa faute! Les sentiments de culpabilité, les doutes, la ville qui le traite d’assassin! Toute cette amertume pourquoi ? Pour quelques idées nouvelles sur le judaïsme? Pour quelques livres? Pour un nouveau maître ? N’était ce pas trop cher payer ? Tant de souffrance et de sacrifices, tant de travail personnel pour en arriver là! Les dilemmes, les insinuations secrètes et douloureuses d’une conscience blessée. Les questions. Les regrets. Les  » et si j’avais fait autrement « . Tout se bouscule dans la tête et le cœur du jeune Israël Dov.Et la profanation du nom de Breslev! Mais après le vacillement, Israël Dov se ressaisit et reste ferme dans sa foi en Dieu et en Rabbi Na’hman. Son maître Rabbi Israël Kardouner le sent, le comprend. Et il se met alors à prier comme un des 36 justes parfaits, pilier du monde qu’il était, peut le faire. Avec des larmes, du plus profond du cœur et de l’âme. A quelque distance de là, la ‘Hevra Kadicha avec d’autres pleurs, d’autres soupirs, de douleur et de désolation des proches. Et puis le miracle. La  « morte  » qui commence à bouger! On s’étonne, se ravise, on examine. C’est pourtant indéniable, la vie reprend possession du corps inanimé, au rythme des prières de Rabbi Israël Kardouner. Israël Dov respire. Il avait cru toucher le fond mais Dieu a eu pitié. Sa conviction n’aurait cependant pas changé. C’était une épreuve très pénible  » se rapprocher véritablement de Rabbi Na’hman est plus difficile que le sacrifice d’Isaak « .

La quête spirituelle et le périple jonché d’obstacles d’Israël Dov continue sans trêve. En se rapprochant de Rabbi Na’hman, source de toutes les âmes, Israël Dov ne sait pas encore qu’il rapproche le monde entier de la Délivrance Ultime. Les souffrances : Pour devenir un Tsadik Son projet de mariage est menacé car il est Breslev. Il risque de ne jamais pouvoir se marier si sa future belle famille s’oppose à son union. La pauvreté noire. La condamnation publique générale ne sont que quelques aspects connus de la vie de Rabbi Israël Dov Odesser. Malgré les épreuves il se lance à fond dans le Service Divin, ne quittant pas son maître Rabbi Israël Kardouner. Sur les collines décharnées de sa région il poursuit son travail d’Hitbodedout. Il se lève chaque nuit à ‘Hatsot (milieu de la nuit). Ni l’obscurité, ni le froid ne l’empêche de s’immerger dans le lac glacé, bain rituel nocturne gratuit pour cet étudiant démuni et marginalisé de la yéchiva. Il prie, il danse, il étudie, il dialogue. Il monte et monte de niveau, progressant sans relâche. Malgré ses épreuves, sa sérénité et sa joie de chaque instant étonnent autour de lui.

Mais c’est bientôt la chute libre! L’échec. Le pêché: le 17 Tamouz à l’aube, jour de jeûne, Israël Dov oublie et mange! Il s’afflige de sa faiblesse et sombre dans le désespoir. Après ses succès dans le Service Divin, voici qu’il a failli à sa tâche la plus élémentaire. Il pleure, demeure prostré, ne s’alimente plus une semaine durant, jeûne expiatoire qu’il se décrète à lui même. A la yéchiva on pense qu’il a perdu la raison… Et puis c’est le miracle. Du fond de la dépression jusqu’au sommets de l’allégresse. 1922 : le Pétek 9 juillet 1922 – 23 Tamouz 5682 – Israël Dov a 34 ans Par voie surnaturelle, miraculeuse, Rabbi Na’hman, qui a quitté ce monde depuis déjà 112 ans écrit et envoi une lettre posthume à Israël Dov. C’est une lettre de réconfort qui contient les secrets de la délivrance et une ségoula merveilleuse; la signature de Rabbi Na’hman, exposant son nom sous une forme entièrement nouvelle, qui est le chant nouveau, les dix mélodies de la Guéoula dont parle entre autre le Tikouné Zohar. C’est le remède absolu des maux de la génération. C’est le condensé parfait pour notre époque de faiblesse. le moindre qui contient le plus: NA NA’H NA’HMA NA’HMAN MEOUMAN (Lire le récit autobiographique de la réception de la lettre sainte(Pétek)) Après avoir reçu ce remède, cette lettre, Israël Dov reprend son travail spirituel avec encore plus de motivation, toujours en secret. Personne ne connaît sa grandeur. Personne ne soupçonne le niveau extraordinaire qu’il a atteint. Le travail Divin en secret Tibériade – Jérusalem – Tel-Aviv – Jérusalem de nouveau. Israël Dov poursuit son ascension spirituelle. Beaucoup d’efforts, beaucoup d’épreuves, beaucoup d’étude et de prière. Beaucoup d’abnégation pour aider les autres. Peu de sommeil. Sa fille Tsipora témoigne : à chaque occasion où elle se levait la nuit, elle trouvait immanquablement son père éveillé, occupé à ses tâches sacrées. Israël Dov recherche la compagnie des sommités spirituelles: il observe, étudie, s’inspire … on se démarque. Il recherche la vérité. A l’âge mûr, il est veuf et habite Guivat Chaoul à Jérusalem: ses voisins entendent à son insu par les balcons la mélodie de ses prières nocturnes qui embellissaient l’obscurité.

Malgré les vicissitudes, malgré les douleurs de la vieillesse, il reste toujours joyeux. Proche de 95 ans, il habite maintenant dans une maison de retraite à Raanana. Mais il se sent mal à l’aise, on l’empêche de sortir la nuit dans le parc pour son Hitbodédout. Il est le dépositaire d’un lourd secret. Mais il attend et attend encore l’accomplissement des promesses du Pétek. 1983-1984 : Le service Divin Dévoilé – La diffusion du Pétek Un jour, un fonctionnaire des impôts entre dans la maison de retraite et fait connaissance de cet homme âgé à barbe et papillotes blanches. Rabbi Israël Dov lui lance  » Veux-tu une part dans la Délivrance Messianique? Alors conduits-moi au Mikvé (bain rituel)  » . L’éclair de génie du fonctionnaire fut de croire en toute simplicité à la véracité de la chose. Il le conduit au Mikvé. Rabbi Israël Dov s’y trempa 310 fois successives comme c’était toujours son habitude. Et il parla du Pétek, ce fût le début d’une nouvelle phase de sa vie.

A l’âge de 95 ans! Autour de lui se constitue un petit groupe qui croit au Pétek et en Rabbi Israël Dov. Entre eux, Rabbi Israël Dov ne veut pas de rapport de maître à élève . Il impose des relations simples de camaraderie, d’égal à égal où ne préside que la vérité, par dessus tout. Il affirme que chacun peut être le maître de l’autre car chacun possède en lui un point positif particulier qui n’existe pas chez son voisin et dont il faudrait s’inspirer. Rabbi Israël Dov voyage aux USA et à plusieurs reprises en France. Après son passage éclate un engouement sans précédent pour Breslev. Rabbi Na’hman est découvert par des juifs très éloignés. Le Pétek conquit les cœurs . Des livres sont imprimés, distribués à prix coûtant. Des familles font leur alya pour mieux vivre leur ‘Hassidout Breslev. Beaucoup font Téchouva (Retour vers Dieu). Il y a des interviews dans les journaux, des émissions de télévision. Rabbi Israël Dov entreprend une série de pérégrinations. Allant de maison en maison . D’amis nouveaux en amis anciens. D’invitation proposée en invitation suggérée. Il sillonne Israël du Nord au Sud et d’Est en Ouest, semant partout des grains de foi et de vérité, refusant obstinément de se fixer longtemps au même endroit, pour des raisons connues de lui seul.

1994 : Le dernier Roch Hachana à Ouman : SEPTEMBRE 1994 (TICHRI 5755) Rabbi Israël Dov a 106 ans. Malgré la vieillesse, la fatigue et une éruption cutanée qui le fait énormément souffrir il prend l’avion et voyage à Ouman pour Roch Hachana 5755. Son visage diffuse une lumière que tous remarquent et qu’il tente sans succès, de cacher de sa main. Il déclare à un proche  » Il y aura pour moi un endroit à Jérusalem  » Très peu comprennent. Quelques uns redoutent le pire. Rabbi Israël Dov est très joyeux et demande qu’on l’amène dans la grande synagogue d’Ouman, pour la prière du 2ème soir de Roch Hachana. Il pénètre dans la salle et donne alors la note. Ils sont bientôt des centaines qui scandent le chant célèbre NA NA’H NA’HMA NA’HMAN MEOUMAN. Rabbi Israël Dov sourit, rit, impose le rythme et le relance sans cesse… De retour à Jérusalem il prend soin de dicter un testament qui régit l’usage des fonds de l’association qu’il a constituée et dont le but est de diffuser les ouvrages de Rabbi Na’hman. Par ailleurs, plusieurs témoignent que Rabbi Israël Dov prit la peine de les aider à mettre de l’ordre dans leurs affaires personnelles: un mariage, une décision importante à trancher, des instructions pour l’éducation des enfants, des injonctions fines pour sa vie privée…

18 ‘Héchvan 5755 (23 Octobre 1994) Rabbi Israël Dov nous quittait, comme il nous l’avait laissé entendre. Il laissa ce monde non sans prendre sur lui jusqu’à la dernière minute des souffrances énormes, expiation ultime qu’il assumait pour la génération. A la date des 30 jours après son décès, ceux qui vinrent sur sa tombe au cimetière de Guivat Chaoul à Jérusalem pour répondre au Kadich, furent soudain saupoudrés de cendres! C’était pourtant un jour pluvieux. A plusieurs mètres au dessus de l’allée où il repose un cyprès pris feu soudain, sans raison apparente. la flamme s’éleva dans le ciel. Les cendres emportées par le vent tombèrent sur l’assistance hébahie. Une photo fut prise qui atteste du phénomène. Dans l’enseignement du Likoutey Moharan II, 67 on lit:   » Lorsque les luminaires de lumière (les vrais Tsadikim) disparaissent… alors des incendies se déclarent dans le monde, qu’à Dieu ne plaise…  »

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