L’allégorie du Maror

Posté par  admin   à        jeudi, mars 26, 2015     1326 Views     Laisser vos impressions  

Par Meir Haddad

Enfin, ça y est ! Au terme d’une folle course-poursuite à travers le temps, le Peuple juif atteint le seuil de la Délivrance, la Fête de Pessa’h, l’évènement grandiose qui transcende l’esclave humain en fils de D.ieu – libre de ses choix et croyances. Car, la sortie d’Égypte, le rejet du carcan de la soumission de l’humain par l’humain, ne peut s’opérer que par une intervention surnaturelle de l’Éternel. Et si le Tout-Puissant ne s’interposait pas, alors le mauvais penchant avalerait l’humanité toute crue.

Alors, chers Frères, me direz-vous: si c’est D.ieu qui nous sauve invariablement, quel est notre mérite ?

En fait, l’homme – créature pensante par définition, est confronté sans cesse au dilemme de l’entendement face à la croyance: l’Esprit ou la Conviction, l’Intelligence ou la Foi absolue. Et les vicissitudes de la vie, les douleurs et les souffrances, les doutes et les craintes, ce sont ces épreuves qui forgent la personnalité d’un Prince, vaillant au combat, prêt à tout pour satisfaire son Père Céleste.

Or, la patience et la confiance, ça se travaille ! C’est parfois dur, voire même insupportable [ou presque]. Mais le combat en vaut la chandelle, le prix est fabuleux, la récompense prodigieuse.

Ainsi, chers amis, rappelez-vous donc l’allégorie du Maror (amertume), que nous conta le Rebbe, de mémoire bénie :

Une fois, deux mendiants – un Juif et un allemand se trouvaient totalement démunis, c’était bientôt Pessa’h. Le Juif expliqua à son compagnon, comment se faire passer pour un Juif: les enfants d’Avraham sont réputés pour leur hospitalité et leur entraide… Le Juif apprit à l’allemand à se comporter. Ils seraient inviter au Séder de Pessa’h, il y aurait un kidouch sur une coupe de vin, puis le lavage des Mains, quelques récitations, et alors … un SUCCULENT FESTIN.

Cependant, il omit de mentionner l’épisode du Maror – herbes amères que nous consommons en souvenir de l’asservissement cruel de nos Pères, par l’Égypte de pharaon.

Au seuil de la Fête, l’allemand se déguisa donc en juif, et on le convia dans une famille aisée, à participer aux festivités. Impatient d’engloutir les bons plats que le Juif lui avait vantés, il arriva le soir-même, affublé en « bon » juif, affamé de toute une journée de gargouillis fébriles.

Là-bas, et contre toute attente, le « cérémonial » débuta sur une note de Karpass (céleri) trempé dans de l’eau salé. Déception !

Puis, succéda une longue série de « récitations », assaisonnée d’anecdotes, précieuses certes, mais qui épuisèrent sa patience. Le temps semblait une éternité. L’allemand « bouillonnait » à petit feu, dégoulinant d’exaspération face à l’épreuve inattendue.

Enfin, parvenu au Motsi (bénédiction sur le pain azyme) et tout agacé qu’il était d’avoir attendu si longtemps, l’allemand se vit remettre une énorme part de Maror bien amer. Sa bouche refusa l’amertume, son esprit affolé lui fit croire qu’il s’agissait du seul et unique repas. Aveuglé d’une colère insurmontable, il se leva violemment et sortit, vociférant des grossièretés à la hauteur de sa bêtise : « Ces juifs ! Attendre pour une telle calamité ?! ».

Dehors, déçu et exténué par la faim, il ne lui restait plus qu’à regagner son lit, son ventre désespéré criait famine et désarroi.

Bien plus tard, son compagnon juif le rejoignit, sa face joviale rayonnait de félicité, rassasié qu’il était des bons mots, des plats succulents et de l’atmosphère de fête : « Alors, copain ! » lança-t-il joyeux, « la soirée était-elle à ton goût, délectable ?  » L’allemand, exaspéré, lui exposa ses déboires.

« Allemand stupide! » lui rétorqua le Juif, « aurais-tu patienté encore un peu, tu te serais – comme moi, régalé… »

Ainsi, chers amis, dans le Service Divin – et surtout lorsque l’on recherche le Guide Spirituel Authentique: après maints efforts et fatigues sans nombre, il suffit parfois d’un peu de Maror, pour s’imaginer sottement une vie entière d’amertume. Les plus désespérés renoncent, abandonnent et s’enfuient. Par contre, le Brave, qui sait surmonter l’épreuve, patiente; celui-là accèdera à une vitalité renouvelée, saine et forte, appréciant l’existence avec contentement et félicité, par le mérite du Tsadik Authentique.

Une petite cerise pour le dessert : le nom Na’hman a une valeur numérique de 148, identique à celle de Pessa’h.

Pessa’h Cacher vé-Saméa’h …

Meïr Haddad – shabat.breslev@gmail.com

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