Paracha Lekh lekha: la conscience parentale

Posté par  admin   à  ,       jeudi, octobre 18, 2018     716 Views     Laisser vos impressions  

Quoi de plus délicat pour Avraham Avinou de quitter son pays, sa famille, sa maison paternelle, sans éveiller l’attention (la tension) avec les habitants du pays. Même si cet acte lui a été ordonné par Hachem. Mais ça fait jaser. Comme l’explique Rachi, on va dire de lui qu’il a abandonné son père à l’âge de la vieillesse. Avraham Avinou a 75 ans lorsqu’il reçoit cet ordre et sa foi en Hachem est très déterminée, il a même déjà des centaines d’élèves dans sa ville natale. Mais il ne cherche pas à être en tête d’affiche pour faire parler de lui, et il n’est pas non plus un révolté marginal antisocial. Abandonner un vieillard ce n’est pas moral. Hachem va donc faire en sorte que Térah (le père d’Avraham) provoque le départ de toute la famille qu’il va accompagner durant un bout de chemin pour ensuite mourir dans la ville de Haran. Avraham peut continuer sa mission la tête haute.

Commencer sa vie à 75 ans est une aventure peu banale. Mais pourquoi tout quitter ? Chaque étape dans la vie d’Avraham est essentielle pour construire l’identité d’un nouveau peuple, pour faire naitre une nouvelle nation. Pour que le fruit apparaisse, que la naissance émerge, il faut se dépouiller des enveloppes et écorces inévitables. La maison paternelle, la famille, la patrie. Dans le contexte d’Avraham on pourrait peut-être comprendre cette obligation vu les conditions dans lesquelles il se trouvait. Sa génération baigne dans l’idolâtrie. Nos Maitres enseignent que les dix générations entre Noah et Avraham n’étaient pas meilleures que celles de leurs ancêtres avant le déluge. Cependant, Rabbi Nahman dévoile que le retour vers Hachem ne peut se faire que sous cette condition, pas seulement pour Avraham, mais pour tout celui qui désire réaliser le meilleur de sa vie, qui recherche la connexion avec Hachem, vivre une vie pleinement consciente.

Que faire lorsque dès la naissance l’âme descend dans un corps obscur et matériel qui lui cache la lumière Divine ! L’endroit où l’on nait, la famille, la société, toutes ces circonstances développent des mentalités, des croyances, des opinions qui sont des enveloppes qui enferment l’esprit de l’individu et l’empêchent de se connaitre réellement et d’accéder à la vérité. Elles sont, comme l’enseigne Rabbi Nachman, les écorces qui précèdent le fruit. Allers vers soi, pour soi, c’est faire ce chemin qui va mener vers la découverte de l’essentiel, profondément enfoui, vers l’authenticité de l’âme de chacun.

On ne choisit pas, consciemment en tout cas, sa famille, son pays, son éducation, ses parents, et pourtant, ce sont justement tous ces éléments qui vont déterminer ce que nous sommes et qui nous sommes. C’est à la fois une destinée décrétée par la Providence Divine et à la fois, donnée au libre arbitre de l’humain de faire au mieux face à ses responsabilités. Il est certain qu’un parent veut donner le meilleur à son enfant, mais on ne peut éviter les tensions entre les choix imposés, génétiques, sociaux, matériels, et ceux qui vont dépendre du niveau de conscience du parent. Même si les données ne sont pas à l’avantage de l’individu, plus le niveau de conscience sera élevé, plus ces choix imposés prendront une place secondaire dans le sens où ils ne deviendront pas des obstacles insurmontables.

End’autres termes, chacun vient avec son bagage, mais la part d’action qu’Hachem nous demande n’est justement pas d’investir outre mesure dans ces conditions apparentes, mais plutôt d’investir dans l’amélioration de notre niveau de conscience, de qualité de vie spirituelle.

Tachless ? Dans la pratique à quoi cela fait référence ?

En tant que parent, la première des choses qui doit nous préoccuper est la qualité du relationnel avec notre enfant. Il est indispensable d’installer des attitudes basiques comme l’écoute, la confiance, l’échange. Développer l’intelligence émotionnelle, bannir les comportements agressifs physiques ou verbaux comme les exigences, les reproches interminables.

Le conseil précieux que nous donne Rabbi Nahman, à appliquer sur soi, sur les autres et à tout âge, s’impose dans la société d’aujourd’hui qui souffre d’un manque d’estime de soi et développe toutes sortes de comportements maladifs. Toujours chercher le point positif, qui en général se cache derrière toutes sortes d’apparences trompeuses, parfois négatives même. A priori tout enfant, (et individu) est bon, a du bien en lui, et si ce bien ne s’est pas dévoilé, c’est parce que les conditions dans lesquelles il a évolué ne lui ont pas donné l’opportunité.

La nature produit toutes sortes d’écorces. De la plus dure, comme la noix, à la plus fine comme celle de la pomme. C’est vrai que « le sol irlandais ne fera pas pousser des orangers », mais ce n’est pas une raison pour le laisser en friche. Chaque terre peut donner des merveilles. En sachant que même si on a eu la chance de grandir dans les meilleures conditions il y aura toujours un travail à faire, c’est la loi de la nature. Chaque individu qui a un peu de conscience et de connaissance de soi, sent le besoin de se libérer de comportements qui sont les fruits de son éducation ou de sa personnalité. Il incombe à chacun de faire un tri à tous les niveaux, parmi tout ce qui nous a été donné, du plus superficiel au plus profond, afin que se dévoile l’être que nous sommes réellement.

Esther Tangi

A propos