Paracha Toldot : la conscience parentale

Posté par  admin   à  ,       jeudi, décembre 13, 2018     374 Views     Laisser vos impressions  

Comment gérer le décalage entre l’image idéale qu’on se crée par rapport à notre rôle ou plutôt nos différents rôles, comme celui de parent ou de conjoint, et les situations que nous vivons dans la réalité ?

Dans l’ABC du parent idéal, en général, on insiste sur l’importance d’être du même avis que l’autre parent en cas de décision à prendre et qui concerne les enfants. Faire une sorte de coalition parentale afin que l’enfant entende le même son de cloche des deux côtés. Cela en effet, évite beaucoup d’incompréhensions, de conflits qui amènent parfois l’enfant à profiter de la situation à son avantage, et toutes sortes de dilemmes ensuite qui détruisent la confiance entre parent et enfant.

Les parents sages et soucieux de ne pas casser leur confiance mutuelle et leur relationnel avec leurs enfants, sauront régler d’abord le conflit ou le désaccord occasionnel entre eux, pour ensuite présenter à l’enfant un commun accord sur la décision prise. Malheureusement, la réalité nous présentent le contraire. Dans le meilleur des cas, même si dans l’absolu la ligne de conduite est commune pour les deux parents, lorsqu’il s’agit d’affronter une situation passagère c’est à ce moment qu’il peut y avoir des tensions.

Exemples :

–  »Si tu continues tu seras puni »

« C’est pas la peine de le punir pour ça! »

– « A cette heure-ci y a pas de biscuits »

« Bon mais un ou deux c’est pas grave »

– « je ne veux pas que tu sortes avec ces fréquentations »

« Laisses-le, il ne fait rien de mal, t’es trop dure »

Comment ces différents seront-ils interprétés ? La théorie du couple idéal est alléchante, mais la réalité décevante, parfois.

 

Regardons de plus près un enseignement bien connu de nos Maitres qui

dit : « quand est ce que mes actes atteindrons le niveau des actes de nos

Pères ». Les patriarches et matriarches se sont distingués parce qu’ils ont

appliqué de façon la plus intègre les midots (qualités) qu’ils véhiculaient.

Personne ne peut égaler la bonté d’Avraham Avinou, la crainte d’Itshak

ou la vérité de Yaakov. Et pourtant, certains de leurs actes nous laissent

perplexes et nous avons besoin de nos Maitres de la Torah pour rétablir

dans nos esprits l’ambiguïté causée par une lecture superficielle. Le

pchat (lecture littérale) peut parfois contredire ce qui pour un individu

quelconque semble être inconcevable. On a donc besoin des autres

niveaux de lecture comme l’allégorie, le commentaire et l’ésotérique. Le

subterfuge qu’emploi Rivka dans la paracha de cette semaine, en est un

exemple. Comment ce couple parfait ne peut-il pas se mettre d’accord

sur un sujet aussi pointilleux que l’attribution déterminante des

bénédictions au fils méritant ? Schéma semblable que nous avions déjà

vu entre Sarah et Avraham, et qui avait été résolu d’une autre manière.

Il est certain que la première lecture est insuffisante. Car à ce niveau,

« quand est ce que mes actes atteindrons le niveau des actes de nos

Pères » c’est déjà fait depuis longtemps. On connait bien les « ne dis pas à

ton père » ou « ne racontes pas à ta mère » et toutes autres sortes de

cachoteries ou de complicité avec l’un des parents qui parfois

conduisent à des désordres dans les relations. Ce n’est donc pas de cela

qu’il s’agit dans le désaccord entre Itshak et Rivka. C’est-à-dire que l’acte

de Rivka ne remet pas en cause leur relation parfaite.

Itshak envoie Esav dans le champ pour attraper un gibier. Rabbi

Nahman explique que ce champ est le champ de l’action qui va relier le

monde matériel au monde spirituel, connecté le fini à l’Infini. Cette

union des deux mondes opposés ne peut se faire que par l’association de

l’action matérielle à celui de l’esprit représenté par le Juste, le tsadik. A

la condition toutefois qu’ils aient tous les deux un niveau de conscience

élevée dans cette association qui vise la réalisation du tachlit, c’est-à†dire

du projet Divin de la création. La crainte d’Itshak ne le laisse pas

imaginer qu’il puisse en être autrement. Seule Rivka qui maitrisait la

connaissance du comportement corrompu, détecte la supercherie

d’Esav. Avec un niveau de conscience sublime elle met en scène un

scénario qui va renverser le cours de l’histoire qui aurait pu devenir

tragique pour Yaacov jusqu’à la fin des temps. La réussite de son

scénario fera foi de l’intensité de son désintérêt personnelle dans cette

situation, c’est-à-dire de son niveau de lechem chamaym. Elle agit pour

la Gloire d’Hachem et non pas pour une affaire d’égo.

Les vêtements que Yaacov changent pour prendre les bénédictions, ne

sont que des vêtements extérieurs, et s’il faut jouer ce jeu dans le

désintérêt le plus grand, il est prêt à le faire. La vérité qu’il véhicule et

représente n’en sera pas pour autant altérée.

Quels sont donc les actes de nos Pères qui symbolisent l’idéal auquel

nous devons tendre ?

Nous sommes effectivement loin de pouvoir faire une mise en scène si

triviale avec un aussi grand désintérêt. Même lorsque nous avons le

sentiment d’avoir agi lechem chamyim, la nature est ainsi faite qu’elle

procède automatiquement à la loi de la vérification. Les boomerangs

négatifs viennent nous apprendre sur le niveau de conscience réel au

moment de notre acte. Et l’intérêt subordonné dont nous n’étions pas

conscients va surgir dans la réalité sous forme négative, comme un

affront ou une non reconnaissance par exemple.

Ces petits jeux qui s’infiltrent dans nos comportements sont en général

des mises en scènes de nos grands Je. Lorsque le terrain d’action devient

un ring de combat où chacun défend son égo, nous risquons fort de

jouer des jeux dangereux et le cercle familial n’y échappe pas. (Il a

d’ailleurs été reconnu que la plupart des pathologies mentales sont le

résultat de l’interaction entre les membres de la famille et non pas une

fatalité génétique par exemple, personne ne nait schizophrène).

L’idéal visé n’est donc pas dans l’application d’un acte qui n’est qu’une

enveloppe extérieure et donc trompeuse, mais dans le niveau de

conscience de l’individu qui relie cet acte au tachlit, à l’Infini, au

Créateur. C’est cette connexion qui va donner à l’acte une dimension

éternelle et authentique.

Tout acte ou théorie qui ne seraient pas relié au tachlit perdent leurs

valeurs et significations, parce qu’ils restent le produit d’un processus

matériel, limité dans le temps.

Cet enseignement de Rabbi Nahman nous donne l’espoir de voir un jour

nos actes arriver à ceux de nos Pères. Ce parent ou ce conjoint idéal sera

celui qui rattache ses actes au tachlit. Plus nous éveillerons notre

conscience à introduire cette dimension dans nos actes, plus nous

serons libérés des chaines de notre égo.

Chabbat chalom

Esther Tangi

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