Paracha Vayétsé : la conscience parentale

Posté par  admin   à  ,       jeudi, décembre 13, 2018     637 Views     Laisser vos impressions  

S’il nous avait été donné d’observer les frères jumeaux, Yaacov et Esav, durant leur enfance, on n’aurait eu aucun doute sur leurs conduites exemplaires. Nos Maitres nous disent que jusqu’à l’âge de quinze ans, on ne pouvait reconnaitre la vraie nature de leur comportement. Même si leur tempérament semblait bien différent, ils reçurent de leurs parents dévoués la transmission des valeurs et une éducation sans pareille. Cette force de transmission est un héritage de notre premier Père Avraham. Celui qui se soucie de transmettre à la génération future les valeurs éternelles mérite d’être le partenaire du Créateur, comme on l’a vu dans la paracha vayera. La difficulté est de savoir comment cette mission, presque impossible, pourra se perpétuer jusqu’à la fin des temps ?

Les nombreuses épreuves qu’Avraham et Itshak Avinou traversent vont clarifier et épurer la croyance en un D.ieu unique, afin de la débarrasser et la distinguer de toutes les autres croyances idolâtres. Ce tri va se réaliser à travers les deux midots (vertus) l’Amour et la Crainte, que les deux Patriarches véhiculaient. La crainte d’Itshak et l’amour d’Avraham sont les deux ailes qui nous font voler contre tous les vents et qui gardent notre foi intacte. On sait qu’Ishmaël tombe lui, dans l’excès de la mida de hessed, incarnée par Avraham, et qui le conduit vers le côté impur de la mida. L’homme sauvage sans limite qui perd le sens de la propriété. De la même manière Esav s’écarte de la voie tracée par son père, pour tomber dans l’excès de la mida de la crainte. La rigueur et l’exigence sont certainement nécessaires, mais elles tendent aussi un piège qui mène à un comportement perfectionniste et excessif, voire obsessif. A tel point, qu’Esav, après avoir expérimenté avec excès, l’application à la perfection des moindres commandements, finit par craquer et tout lâcher.

Nos Maitres enseignent : « celui qui ajoute, retranche. » Ainsi les extrêmes dans les midots mènent à l’exclusion de la foi authentique et ne permettent pas une adhésion constante et fidèle.

Ce que les Patriarches cherchent de toutes leurs forces c’est ce fameux chemin qui mène au service d’Hachem sans détournement. C’est Yaacov qui en dévoile le secret dans le rêve de l’échelle. Avec une échelle on peut grimper très haut, à deux conditions : qu’elle soit bien ancrée au sol et que son sommet arrive jusqu’au trône Divin. (Baal haTourim : échelle = trône céleste). Comme l’explique Rabbi Nachman voir dans chaque chose de ce monde matériel et fini, sa source dans l’Infini. Ainsi, cela va permettre à l’individu, même s’il se préoccupe des choses matérielles, de rester lié à Hachem.

Et s’il arrive, et qu’il semble que nous tombons, il y a toujours espoir de remonter. Rabbi Nachman explique que Yaacov en avait compris le secret pour s’élever vers Hachem sans risque de découragement. Avancer étape par étape, car chacune d’elle est un monde en soi où il faut affronter les forces de l’imaginaire et de l’attraction vers les désirs matériels. Ce principe de « monter et descendre » est une nécessité intrinsèque aux conditions matérielles de la vie avec toutes ses vicissitudes.

A ce propos le Baal HaTourim nous donne plusieurs valeurs numériques du mot : soulam, échelle, et qui font toutes allusion à cette notion.

Pour donner naissance à une nation vivante et éternelle, il faut lui transmettre des moyens qui lui permettront toujours de se relever des épreuves, des exils, et rester attaché à sa foi. Yaacov, conscient du défi, s’engage à construire un foyer qu’après avoir eu confirmation dans ce rêve de l’échelle, qu’Hachem le protègerait et le garderait.

L’éducation d’aujourd’hui, imprégnée de la mentalité d’Esav, exigeante et critique ne se soucie pas de l’individu. L’hystérie qu’il y a par rapport aux enfants qui présentent des retards quelconques dans les jardins d’enfants ou dans les écoles et qui ne correspondent pas aux normes instituées, basées elles-mêmes sur des théories déductives, montrent bien l’incompréhension dans laquelle nous nous trouvons. C’est vrai qu’il est nécessaire de créer un cadre de référence, mais si on en arrive à la dépersonnalisation, c’est-à-dire qu’on efface l’individu face à ces normes, on risque de le perdre en lui collant des stigmates.

Le système alimente ses propres mécanismes pour se maintenir, sinon il n’a plus lieu d’être. Esav dans l’abus de la rigueur, devient un homme cruel qui vit de son épée, c’est-à-dire dans la loi du plus fort. Il n’hésite pas, pour imposer sa raison, écraser le faible, détruire ce qui le dérange, et fabriquer des théories pour se justifier.

La maison de Yaacov, elle, s’est construite grâce à cette échelle. Chacun a sa place, sa personnalité, ses capacités. Ils vont tous vers une même direction celle qui mène vers Hachem. Les différences sont permises, les faiblesses acceptées, les capacités respectées. Ils sont douze, pas des gladiateurs, mais des serviteurs d’Hachem, conscients de leurs rôles et prêts à s’unir pour construire la seule maison d’Hachem où Il pourra résider parmi nous.

Chabbat chalom

Esther Tangi

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