Vayetsé : Lavan, le maître de l’illusion

Posté par  admin   à        jeudi, novembre 23, 2017     1494 Views     Laisser vos impressions  

La Paracha  avec Rabbi Nahman

L’imagination, un pouvoir à double tranchant

L’homme possède une faculté magnifique, celle de l’imagination. En permanence, elle servira chacun au gré des situations qu’il rencontre dans sa vie : avant de se marier on projette ce que sera sa nouvelle vie, avant de commencer un nouveau travail, des idées se bousculent dans notre tête, avant de changer de lieu de vie etc…

Cette imagination permet de créer en nous des images, tel un metteur en scène qui crée un scénario. Le problème, c’est que ce don est utilisé par le yetser ara pour fabriquer des fausses images ou des illusions, basées sur des projections et des propositions mensongères pour l’homme. Par exemple, une personne sera persuadée qu’en devenant millionnaire et PDG d’une grande société, elle sera plus heureuse. Cet homme se fixera sur cette idée et ce but. Des images détaillées défileront dans son esprit. Il se verra déjà assis sur une chaise confortable, en haut de son building, avec un beau costume trois pièces et ses chaussures en cuir hors de prix.

Cette force de pensée le met dans la peau de ce personnage, il croit en cette histoire et va se mettre à poursuivre cet objectif par tous les moyens. Son imaginaire va travailler dans ce sens et lui donnera de la puissance pour courir après ses illusions. Il est possible même qu’un jour il y parvienne, mais après de si nombreux sacrifices…Il aura pris une mauvaise direction car sa vie aurait été dénuée de sens. Pire, s’il perd sa fortune, ce qui arrive bien souvent, ce sera la catastrophe et la fin d’un monde. Il sera alors rongé par les regrets.

L’imaginaire qui sert le mal

Rabbi Nahman nous apprend que le yetser ara c’est l’imaginaire, qui est appelé également “ le pouvoir de l’imaginaire”. 

Dans Likouté Hala’hotes, Rabbi Nathan lui, compare ces fictions à Lavan, le père de Rahel et Léa. Lavan, qui accueillera Yaacov les bras ouverts et qui lui proposera de travailler pour lui.

En réalité, c’est un ramaï, un escroc, qui trompe son entourage. Lavan est une forme de yetser ara qui se déguise et qui nous fait croire que nous allons faire une mitsva et vers laquelle nous nous précipitons. En fait, sous ce costume, se cache la tromperie et l’hypocrisie. Lavan opère le même travail que ces fabrications de l’esprit.

Le pouvoir de la prière

Rabbi Nathan  poursuit en expliquant que Rahel et Léa , les filles de Lavan ont grandi dans l’univers de leur père, celui de l’imaginaire. Rahel symbolise la Torah, “yaffa maré yaffa toar”. Cela s’explique ainsi: une personne qui est très attirée par la Torah et lorsqu’elle se délecte de son étude, en ressort avec des idées et de la matière à transmettre et à partager, et pourra récolter même les fruits de cet échange.La paracha qualifie Léa de  “énéa rakot” car ses yeux ne cessaient de pleurer. Elle symbolise le monde de la prière, beaucoup plus difficile à pénétrer.

Pourquoi? Après une journée remplie d’étude, nous en ressortons avec l’esprit chargé d’idées nouvelles, ou au moins d’un ‘hidouch.En revanche, après avoir prié, concrètement qu’est ce qu’il en ressort ? Quelle matière pouvons nous partager ? Où sont les résultats? Ma téfila a t’elle été acceptée ou au moins entendue? On sait pourtant qu’aucune prière n’est faite en vain.

Rabbi Nahman explique que la controverse est née à son époque car il poussait les gens à la prière. La prière est un monde difficile d’accès, et c’est bien la raison pour laquelle, le peuple juif rencontre des problèmes, car nous ne prions pas assez. Le but principal du yetser ara, c’est que les gens soient tristes, et aient la gorge nouée, pour ne pas réussir à pouvoir proférer leurs demandes à Dieu. Ces deux mondes sont pourtant chez Lavan, emprisonnés, mais Barouh Hachem, il y a le tsadik, Yaacov, qui veut les libérer. Son but est de sortir Ra’hel, Léa et les moutons de chez Lavan.

Le Tsadik possède une force qui nous libère de notre imaginaire

Rabbi Nathan, nous apprend que ce troupeau de moutons représente le Am Israël, pour que chacun de nous puissions sortir de notre imaginaire, nous libérant ainsi de cette force qui nous emprisonne. Le Tsaddik de la génération possède ce rôle et cette force. Ainsi, l’on peut poursuivre avec cet épisode, où Yaacov voit des bergers autour d’un puits, et qui ne parviennent pas à enlever une pierre qui est dessus, même en s’y prenant à plusieurs tant elle est lourde. Yaacov y arrive aussi facilement qu’on enlèverait un bouchon sur une bouteille selon Rachi. La force de Yaacov, c’est d’être LE berger. Le groupe de bergers mentionné représente en fait les autres rabbanims de la génération, ceux qui aident à enlever cette force de l’imaginaire mais de façon temporaire.

La seule manière pour notre génération de ne pas adhérer à cette forme de yetser ara est de chercher le tsadik, de s’en rapprocher et d’étudier ses écrits. Lui seul connaît les moyens pour que nous parvenions à avoir un esprit plus clair et plus proche de la Torah vivante, et que nous soyons libérés du joug de l’imaginaire, Lavan.

Dans la Hagada, un remez  dit que Lavan est beaucoup plus dangereux et  cruel que Paro. Le but de ce dernier était d’anéantir seulement les 1ers nés du am Israël, alors que Lavan, lui, souhaitait tous les réduire  à néant.

La force de l’imagination est vraiment puissante et destructrice  et face à cet ennemi qui se fait passer pour un ami, la vraie solution, c’est de retrouver le Yaacov de notre génération puis bien sûr de se laisser guider.  

Chabbat chalom, que nous ayons le mérite de tous sortir de notre imaginaire et de nos illusions.

Aharon Chetrit

 

 

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